Ruthénium

Ruthénium

Le Ruthénium est un élément qui a été découvert deux fois. Mais la première découverte sombra dans l’oubli. Il vaut la peine de revenir sur cet oubli. Dans les années 1803 et 1804, deux chimistes anglais, Tennant et Wollaston découvrirent quatre nouveaux éléments dans le platine brut extrait des mines du Pérou : l’Iridium, l’Osmium, le Palladium et le Rhodium. En 1806, un chimiste lituanien, Sniadecki, parvint à isoler un 5ème élément du platine brut, notre Ruthénium actuel, et il l’appela Vestium, en l’honneur de la planète Vesta, qu’on venait de découvrir. Il communiqua cette nouvelle en 1808 à l’Institut de France, à Paris, qui refusa catégoriquement de reconnaître cette découverte en 1809, sous prétexte que Berthollet et Vauquelin n’avaient pas réussi à reproduire le travail de Sniadecki. Mais la vraie raison est peut-être ailleurs. En effet, le groupe de Berthollet poursuivait en même temps les mêmes recherches que Tennant et Wollaston à Londres. Et ils ont, comme eux, découvert les 4 métaux sus nommés, mais toujours trop tard. Les Anglais leur ont brûlé la politesse chaque fois. On peut imaginer leur surprise, leur déception, mais aussi leur rage de se sentir dépassés encore une fois par la découverte de Sniadecki. Ils ont préféré refuser la nouvelle. On peut se demander pourquoi Sniadecki n’a pas insisté. Vingt ans plus tard, le Ruthénium fut redécouvert par le chimiste allemand Claus, qui travaillait à l’Université de Kazan en Russie. Il le nomma Ruthénium, d’après Ruthenia, nom latin de la Russie.  L’antériorité de la découverte de Sniadecki fut reconnue par Claus, mais trop tard. Le nom de Ruthénium avait déjà été publié et accepté.

Aujourd’hui, le ruthénium est un sous-produit de l’industrie du platine. Les minerais de platine contiennent tous une petite quantité de ruthénium. On l’élimine pour obtenir du platine pur. Les usines de platine cherchent à vendre du ruthénium à vil prix, car il n’a pas d’emploi industriel, et on le considère un peu comme un déchet. L’offre excède la demande.

Dans la recherche organique, par contre, il est très utile et très apprécié, mais toujours en petite quantité. Le colorant rouge des cellules solaires à colorant est un complexe pyrrolique à base de ruthénium. 

On fonde de grands espoirs sur la chimie du Ruthénium pour produire l’énergie de demain, à partir d’énergie solaire. Combiné avec du bipyridyle, il forme un complexe dit Rubipy3 qui a acquis une certaine notoriété récemment, car sa solution aqueuse contenant aussi du méthylviologène libère de l’hydrogène gazeux H2 quand elle est exposée au soleil. Hélas, le rendement n’est que de 3.2 mL/heure. Les recherches se poursuivent.

 

Modifié le: jeudi 14 avril 2016, 08:31